Le soleil april 2006
Found in a newspaper from quebec (Yeah I know it's french... I'll translate it when I'll have the time) April 22, 2006 Web Link : [1]
Anarchie en Californie
Kathleen Lavoie
Le Soleil
Un fan des Sex Pistols arborant fièrement le mohawk. Archives PC
Il y aura 30 ans demain, les Sex Pistols s'en prenaient physiquement aux spectateurs des Nashville Rooms, pub londonien où ils se produisaient. L'incident allait faire la une du Melody Maker et contribuer à créer la légende d'un des groupes fondateurs du punk-rock. À la base de cette explosion de violence existait un refus profond des conventions et de la monarchie britannique. Un discours virulent qui diffère peu de celui emprunté aujourd'hui par les punks de la deuxième génération, comme NOFX.
Issue de la vague californienne des années 80, avec les Bad Religion et Lagwagon, NOFX est l'une des rares formations originales à avoir survécu à deux décennies de vie et de musique punk. De retour sur disque avec deux enregistrements distincts, le mini-album Never Trust a Hippie et l'original Wolves in Wolves Clothing, la bande de Fat Mike note un glissement dans son discours.
Là où, encore récemment, elle frappait à grands coups de phrases incendiaires et de guitares mordantes - la droite américaine -, en mettant sur pied l'organisme Punk Voter, elle s'attaque désormais à l'intégrisme religieux américain. Un mal, croit le leader du groupe, à la racine de tous les autres.
« J'ai reporté ma colère envers les républicains sur les évangélistes ! de déclarer au SOLEIL Fat Mike, figure prépondérante de la scène punk et tête dirigeante de l'influente étiquette Fat Wreck Chords. Le plus grand problème de notre pays, c'est sa ferveur religieuse. Au Canada, il y a des programmes sociaux intéressants. Ici, nous sommes tellement en retard ! Et nous le sommes parce qu'on est trop préoccupés avec Dieu pour s'occuper de notre prochain... Tout tient à une chose : "Est-ce que j'irai au ciel ?" »
C'est cette réflexion, plus le fait que NOFX a enregistré près d'une trentaine de titres cette année, qui est à l'origine de la parution du mini-album Never Trust a Hippie, dont le titre est inspiré d'une ligne de la pièce Who Killed Bambi des Sex Pistols.
« Jésus est le hippie ultime, estime Fat Mike. Difficile de croire qu'on puisse trouver des produits comme des horloges, des briquets et des montres à l'image de Jésus... C'est un hippie après tout ! Never Trust a Hippy devait être le titre de l'album original, mais trop de magasins nous ont signifié qu'ils ne prendraient pas le disque si on persistait dans cette voie... On s'en est plutôt servi pour le mini-album. »
À l'aube de la quarantaine, le chanteur, bassiste et homme d'affaires choisit visiblement ses combats. En mettant sur pied Punk Voter, une coalition qui préconisait le vote démocrate lors des dernières présidentielles américaines, Fat Mike a eu l'impression de contribuer à la cause de la gauche... malgré la défaite.
« Il y aura une nouvelle élection en novembre. La motivation de continuer est donc encore là. On a eu le coeur brisé la dernière fois. Ce sera toute une bataille pour retourner au même niveau de mobilisation où nous étions il y a quatre ans... C'est désolant de penser que Bush a gagné une élection en brandissant la carte du mariage gai et en faisant appel à l'homophobie catholique... » laisse-t-il entendre.
Se décrivant encore et toujours comme un rebelle, Mike Burkett (pour l'État civil) se dit toutefois plus près des pionniers du punk-rock sur le plan musical que sur le plan des idées.
« Je me retrouve davantage dans la deuxième génération du punk, celle des années 80 avec les Bad Religion et The Germs. De la vague punk de 76-77, j'aime bien les Sex Pistols, les Clash et les Ramones, mais ce n'est pas ce que j'écoutais quand j'étais jeune. Cela dit, les premiers albums que j'ai jamais achetés étaient ceux des Sex Pistols - qui ont tout changé pour moi -, de Kiss, de Led Zeppelin et de David Bowie. Des Pistols, j'aimais leur "punkitude". Personne n'avait jamais sonné comme ça auparavant. J'aimais aussi les Clash, mais pour moi, c'était trop doux. Il n'y avait aucune agressivité dans cette musique... Aujourd'hui, je dirais que je suis peut-être plus proche des Clash... »
La guitare acoustique, omniprésente sur Wolves in Wolves Clothing, témoigne parfaitement de cette proximité.
« J'écris toutes mes chansons sur la guitare acoustique, indique le musicien. Ce n'est que par la suite que je décide comment elles seront habillées. La couleur acoustique n'est donc pas nouvelle pour nous. Il y en a juste peut-être davantage sur cet album. Après avoir enregistré près de 30 chansons cette année, on essaie forcément de les faire sonner différemment. (...) Je pense néanmoins qu'une chanson comme The Marxist Brothers apporte quelque chose de nouveau. »
Il ne s'agit donc pas d'un adoucissement chez les Burkett, Eric Melvin (guitare), El Hefe (guitare) et Erik Sandin (batterie), qui proposent un titre comme Getting OlderNever Trust a Hippy, mais conservent toute leur irrévérence dans la vie de tous les jours.
« Je ne crois pas que nous ayons l'air si vieux même si trois d'entre nous ont 40 ans ! En même temps, c'est sûr que c'est une étape importante dans une vie et on ne peut l'ignorer. Impossible de renverser la vapeur. Ça ne nous empêche pas de boire trop, d'aller voir trop de shows punk-rock. La chanson est davantage une façon pour moi de rationaliser, de dire ce que devrait être ma vie à ce stade-ci. Cela dit, ne vous inquiétez-vous pas: je ne traverse aucune crise existentielle ! ! ! »
Même que la naissance de sa petite fille, il y a un an et demi, a renforcé ses convictions.
« Lorsqu'elle sera grande, le monde ne pourra être qu'encore plus fou. Je ne crois pas que je penserai différemment rendu là. Et au moins, je saurai que je me serai battu pour que le monde devienne meilleur. Actuellement, le niveau de vie occidental est tellement élevé qu'il ne peut faire autrement que de redescendre. »
Le chanteur et bassiste en sait quelque chose. En 23 ans de carrière, il a suffisamment voyagé pour pouvoir juger des avantages de la vie nord-américaine. Ayant mis la pédale douce sur la tournée depuis quelques années, il prévoit visiter quelques territoires inexplorés cette année.
« Au cours de la prochaine année, on s'attend à visiter des endroits où nous ne nous sommes jamais rendus jusqu'à maintenant comme l'Amérique du Sud, l'Afrique du Sud, Israël, l'Asie du Sud-Est, etc. On réalise que c'est probablement la dernière fois qu'on pourra aller donner des spectacles à ces endroits-là. On ne s'est pas dit qu'on voulait arrêter de donner des spectacles, mais on pense ralentir nos activités... D'autant plus que ce n'est plus évident pour des Américains de voyager... » constate celui dont le groupe sera cette année de la tournée Vans Warped, de passage à Montréal le 13 août.
Quand on demande cette fois au patron d'étiquette de disques de quoi son futur sera fait, la réponse se fait plus catégorique.
« Il n'y a pas d'avenir pour l'industrie du disque. Très bientôt, les CDs n'existeront même plus ! La musique n'est plus un produit de valeur. Ç'a perdu beaucoup de ce qui la rendait spéciale à mes yeux. C'est une marchandise qui ne vaut plus grand chose... L'avenir est dans le spectacle. Plus dans les labels. »
Cela n'a pas empêché Fat Mike d'orchestrer, au sein de son entreprise, l'un des changements de cap les plus réussis des dernières années dans l'industrie...
« Ce n'est pas que le son original de l'étiquette prenait de l'âge, mais c'est surtout que les groupes qui essaient de le reproduire aujourd'hui ne sont pas aussi bons que les formations originales. Ça n'a pas été un changement volontaire. C'est arrivé. Lorsque j'ai découvert Against Me ! et The Epoxies, je me suis dit: "Wow, c'est bon, ce qu'ils font !" Je n'avais jamais rien entendu qui ressemblait à ça auparavant. En gros, j'essaie tout simplement de mener un bon label punk-rock. »
À ce chapitre, les ambitions commerciales de Mike s'arrêtent là où ses fantasmes d'adolescents commencent.
« Ça n'a jamais été mon rêve d'avoir une étiquette de disques. Mon rêve a toujours été de jouer du punk-rock. C'est quelque chose qui est arrivé et qui persiste à cause de la façon dont nous faisons des affaires. On doit être l'un des rares labels à ne jamais avoir eu de poursuites... On paie bien nos bands. Et on fonctionne sur cette réputation-là. »
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